6 juin 2010

" Why does it always rain on me ? "

La trentaine me va pas trop bien au teint, en ce moment.
J'observe, autour de moi, avec une réelle joie pour eux, mais une amère pointe de tristesse dans le crâne et le coeur, mes amis qui finissent par être tous en couple.
Je les vois partager et parler de ces choses de couples trentenaires, projets, bébés, maisons, mariages, voyages à deux, amour, amour, amour...
Tous ne me font pas super envie, mais la plupart, OUI, mille fois OUI.

Pour tout vous avouer, j'ai parfois la désagréable impression d'être comme ces gens qu'on oublie sur les aires d'autoroutes l'été ( j'ai toujours halluciné en lisant ce genre d'infos, genre, comment c'est possible ??? : " Merde, Marcel, où est Mémère ??? Fais demi-tour, la vache, on a oublié Mémère !!!! " / " Putain Josiane, me stresse pas, je PEUX PAS faire demi-tour, là, c'est l'autoroute, c'est pas la D456 ici, elle va devoir attendre, Mémère !!!! " - ).

Disons que je suis trop vieille pour être un enfant " oublié " par ses parents, pas assez pour être la grand-mère " oubliée " par ses enfants, et un peu trop civilisée, peut-être (quoique...), pour être un chien " oublié " par ses propriétaires.

Disons alors que je serais membre d'un groupe touristique parti visiter je ne sais quelle région pittoresque de l'autre bout de la France, dans un autobus baptisé " la Vie ". Le départ se serait passé dans la joie et la bonne humeur ( " Chauffeur, si t'es champion, appuieuh, appuieuh, chauffeur, si t'es champion, APPUIE SUR L'CHAMPIGNON !!! " ), le radio-cassettes de l'autobus passerait les tubes de l'été, et on aurait tous chantonné ( La Lambada, la Macarena, Song of Ocarina, Camina Burana...que des chants en A ), légers, souriants, heureux.

Il y aurait eu, voyage touristique et promiscuité obligent, quelques flirts, plus ou moins poussés, avec certains membres du groupe représentants de la gent masculine, des choses plutôt légères qui m'auraient permis de passer le premier tiers du voyage sans voir le temps filer.

Certaines amitiés se seraient nouées et tissées, car le voyage est long, on aurait passé beaucoup de temps, avec mes keupines, à disserter sur les mecs ; de temps en temps, notre voyage aurait été agrémenté de la projection d'un film sur un petit écran de télé en hauteur, du genre film d'action (beurk, je me serais fissa plongée dans un bon bouquin), ou cheesy movie (chouette, on se serait calées côte à côte avec les keupines, en bouffant des Crousti-Pommes, et en buvant du Coca Zéro à la paille, comme dans tout bon voyage touristique qui se respecte).

Lors d'une de nos nombreuses haltes dans une station service, je serais allée aux toilettes, où il y aurait eu la queue interminablement, j'aurais maudit les gens qui ont tous la même idée de partir en vacances en même temps et d'avoir envie de pisser au même moment, j'aurais fini par accéder aux toilettes, puis je serais ressortie, j'aurais observé, d'un oeil amusé et bienveillant, une ou deux de mes copines flirtant avec des mecs venant d'autres bus, je les aurais vus s'éloigner un peu à l'écart des gens, se rapprocher, échanger leurs 06, tenter de se persuader l'un/l'autre de monter dans le bus de l'autre, peut-être même certaines auraient-elles direct décidé d'abandonner le groupe, et leurs nouveaux mecs auraient fait de même, et ils seraient partis à 2 en stop, ou auraient commandé un taxi, pour changer un peu de trajectoire, mais ensemble.

Alors, mue par ce récurrent besoin de brève solitude qui me caractérise depuis toujours, je me serais, à mon tour, éloignée un peu des gens, pour savourer sola une cigarette et un rayon de soleil sur les arbres et la campagne environnante, à l'écart, peinarde.

Mon portable aurait soudain vibré dans la poche arrière de mon jean, ç'aurait été une de mes keupines m'adressant un texto " salut pétasse, t'es où ? je t'ai cherchée, t'ai pas trouvée, juste pour te dire que je pars avec Justin, tu sais, le mec du siège d'à côté - tu vois ce que je veux dire ma poule ;-) on part vers l'Italie, finalement, on va tenter la dolce vita pour notre kif qui débute, j'aurai une pensée pour toi en buvant du Lambrusco, ma belle, débrief à mon retour ! Bécots - PS : YES !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! :-) ".
J'aurais souri, si heureuse pour elle, et toutes les autres qui auraient trouvé des mecs chouettes pendant ce premier tiers de trajet, me faisant la réflexion que le bus " la Vie " , c'est délire, mais c'est quand même mieux à deux (me demandant si je le pense parce qu'on m'a fait un bourrage de crâne énorme depuis que je vis, ou parce que c'est juste vrai).

J'aurais jeté un dernier regard sur le paysage, me serais demandé deux secondes si je ferais pas mieux, moi aussi, de " Quitter l'autoroute " (je serais pas parvenue à me rappeler qui chantait ce tube de merde, ça m'aurait occupée plusieurs minutes, puis j'aurais abandonné en me disant que je trouverais bien quelqu'un dans le bus avec un IPhone pour une recherche sur Gogol), j'aurais vraiment hésité à jumper par dessus la barrière pour aller battre la campagne, courir au milieu du colza même si ça pue, et puis, non, je me serais dit que merde, j'avais déboursé une certaine somme pour ce voyage vers une région pittoresque, je suis déjà pas précisément ce qu'on peut appeler une personne économe, fallait assumer et continuer...

Alors, je me serais engouffrée à nouveau à travers les portes battantes pour rejoindre la boutique Esso, j'aurais retrouvé, agacée, le brouhaha humain, les enfants qui pleurent parce que leurs mères refusent de leur acheter la peluche du mois, les couples qui s'engueulent parce que Madame veut ramener une babiole hors de prix, avec des cigales en terre cuite dessus, qui traîne dans la vitrine " Spécialités de notre terroir ", et que Monsieur dit que non, ça fait même pas 3 heures qu'on est partis, on va pas déjà entailler le budget " vacances " - pour une merde, en plus ! - comment on pourra se payer la pizzeria le soir du 15 août sinon ? , j'aurais cherché des yeux mes co-voyageurs du bus " La Vie", et j'aurais vite réalisé que tout le monde avait déserté.

J'aurais pas de suite paniqué, je suis une grande fille, je serais calmement sortie sur le parking blindé, au milieu des vapeurs d'essence, au milieu des échanges en langages cosmpolites, des plaques d'immatriculation européennes, des poids-lourds et des caravanes, je serais retournée là où s'était garé le bus " La Vie " un peu plus tôt... et rien.

A la place, il y aurait eu, garé là, un semi-remorque polonais.

Je serais retournée à l'intérieur, désoeuvrée, tentant de pas m'affoler. La Vie ne serait pas repartie sans moi, quand même...?
J'aurais, après une queue de quelques minutes, inséré d'une main tremblante une pièce dans la machine à boissons chaudes, j'aurais choisi un thé Lipton à la menthe, sans sucre, je serais ressortie et me serais assise, désespérée, sur la barrière au dessus de laquelle j'avais failli jumper quelques minutes auparavant.

Je me serais retournée vers le champ de colza, j'aurais observé le village au loin, entendu le clocher égrenner 6 coups de cloche. J'aurais pris mon portable, appelé une keupine, qui m'aurait confirmé que oui, là, ils étaient repartis, y'a encore de la route, et pis le chauffeur est un peu bougon parce qu'y avait plus de Nougati en vente, et il restait plus non plus l'Equipe, alors il était reparti en trombe, refermant, dans sa hâte, la porte du bus sur le cou d'un membre du groupe rougeaud, manquant de peu de le tuer...

Je serais retournée dans la boutique, un peu désertée dans l'attente d'un nouveau coup de bourre, entre deux vagues de vacanciers, aurais regardé une nana passer la serpillère dans les chiottes désormais vides.
Je serais restée là, les bras ballants, à me demander ce que je pourrais bien faire.
Je serais d'abord allée prendre un plateau à la cafète, et me serais engouffré des nuggets, quelques frites grasses, une feuille de laitue molle et des morceaux de tomates presque blanches et sans saveur. Je me serais pas privée, au point où j'en aurais été, pour prendre un dessert, une île flottante, mon préféré.
Je serais ressortie fumer une clope, aurais tapé une vague sieste sous les derniers rayons encore chauds du soleil, allongée sur un micro bout de pelouse, la tête sur mon sac.

Pendant de longues heures, voire des jours, j'aurais pris mes quartiers dans cette aire d'autoroute, j'aurais connu par coeur, à force, le timetable des employés.
Mon point d'observation fétiche aurait été la machine à café.
J'aurais adoré m'y poster pour observer les gens, glaner des tranches de vie de ces familles et/ou de ces solitudes, j'aurais acheté à la boutique un petit calepin et un stylo pour y consigner cette galerie de portraits. J'aurais observé le ballet des rencontres amoureuses. Les danses de la vie. Les échanges sociaux bien codés.

Il y aurait eu des rencontres avec des hommes, certains me proposant de m'emmener à la prochaine aire, d'autres de me pousser un peu plus loin sur l'autoroute, pour que je finisse par regagner la vraie civilisation.
J'aurais résisté bravement aux assauts de certains routiers caricaturaux, parce que je suis pas le genre de nanas qui craque sur les stéréotypes de la brute épaisse en marcel, aux bras tatoués, au corps de nounours avec un coeur qui bat sous la carcasse, au milieu des posters Pirelli et Playboy.
Je suis de celles qui préfèrent les grands sensibles, les doux rêveurs, les cérébraux, les pas trop manuels, les poètes torturés, les artistes plus ou moins assumés, ceux qui font des noeuds à leurs cerveaux (et au mien, bordel !!!).

Au bout de quelques temps, j'aurais été lassée de l'endroit, de cette drôle de situation, alors j'aurais un peu baissé la garde, je me serais laissée embobiner par quelques beaux parleurs.
Certains m'auraient effectivement avancée de quelques bornes, et lachée lâchement à la station suivante.
Où la situation se serait reproduite...

D'autres auraient promis de le faire, et puis, au moment d'entrer sur la voie d'insertion, juste avant d'accélérer, auraient changé d'avis, fait brusquement demi-tour (comment ?!? pourquoi ?!? what the fuck, mec ?!? ), et m'aurait reposée au point de départ.
Une fois, avec l'un d'eux, qui aurait pas parlé ma langue, sur un malentendu, je serais repartie dans l'autre sens de l'autoroute, parce que c'est vers là qu'il serait allé, et que moi, j'aurais pas eu compris que c'était pas le bons sens, pas le mien.

Régulièrement, mon portable aurait vibré, me donnant des nouvelles de mes keupines, qui pendant ce temps, hors de l'autoroute, ou sur d'autres routes, auraient filé le parfait amour avec leurs jules. Certaines m'auraient annoncé des naissances, des mariages, des constructions ou des achats de foyers.
A force, la batterie aurait lâché, alors c'est moi qui aurait continué à m'enquérir, grâce à des cartes et des cabines téléphoniques, de l'évolution des gens de La Vie.

Un jour, la vase aurait été plein.


J'aurais finalement jumpé par dessus la barrière, et couru dans le colza, vers je ne sais où....


http://www.youtube.com/watch?v=Ogv-h-biAtc







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